L’hypoxie, « game changer » de la performance sportive !   

Lors de la dernière édition des SpArk Series, le professeur Grégoire Millet, l’une des références mondiales dans le domaine, a exposé les nombreux bénéfices de l’hypoxie dans le sport de haut niveau. Cette technologie, qui simule, en salle, les effets de l’altitude, peut être combinée à des stages ou des séjours en altitude. Elle donne ainsi des résultats probants. C’est même un « game changer » dans l’entraînement, selon Grégoire Millet. Plusieurs témoignages d’entraîneurs, dont Patrick Flaction, Audrey Chaperon (Elitment), William Déglise (Club Alpin Suisse) et Arnaud Rapillard (Next Percent) montrent d’ailleurs des résultats tangibles sur le terrain.  

La conférence SpArk Series a réuni près de 120 personnes sur le Campus Energypolis de Sion. Cette présence nombreuse est une preuve de l’intérêt pour l’hypoxie et pour les infrastructures déjà disponibles en Valais, sur le site technologique de SpArk et à la clinique CRR-SUVA.  

Pas que pour l’endurance

« L’hypoxie n’est pas uniquement destinée aux sportifs d’endurance, mais également pour les sports avec de l’intensité comme les sports de combat, de raquette ou collectifs », explique Grégoire Millet. Depuis les années 1960, les méthodes ont considérablement évolué, passant de « vivre en bas, s’entraîner en altitude » à des combinaisons plus sophistiquées utilisant chambres hypoxiques et des stages en altitude réelle.

Le principe de l’hypoxie est simple, mais puissant : en diminuant la concentration d’oxygène, on provoque des adaptations physiologiques bénéfiques. « Plus on passe de temps en altitude, plus on augmente le taux d’hémoglobine dans le sang. En 3 semaines, c’est 3-4% », précise le professeur. Ces gains peuvent sembler minimes, mais le podium olympique se joue à 0.3-0.7%. « Cela vaut donc la peine d’intégrer de l’hypoxie et de l’altitude dans l’entraînement ».

L’efficacité de ces méthodes explique pourquoi près de 25 sports utilisent l’hypoxie dans l’entraînement aujourd’hui. « L’altitude, c’est un « game changer », et c’est surtout très efficace », conclut Grégoire Millet, soulignant que ces méthodes bénéficient non seulement aux sportifs d’élite mais pourraient aussi aider les personnes souffrant de certaines pathologies comme le diabète ou l’obésité.

Pour le VTT et le ski…

Arnaud Rapillard, directeur de Next Percent, a partagé une expérience concrète d’application des principes d’entraînement en hypoxie. Il a présenté le cas de Margot Moschetti, vététiste française. Cette dernière a suivi un programme combinant altitude naturelle et entraînement spécifique. « La science publie des choses avec des athlètes. Cela donne des pistes, mais comment l’intégrer dans le quotidien des sportifs ? C’est toute une réflexion et il faut faire des essais », a expliqué Arnaud Rapillard. Son approche a consisté à faire dormir l’athlète à Thyon 2000 pendant près d’un mois tout en s’entraînant à différentes altitudes. Les résultats ont été probants, avec un gain de 3% de VO2Max en trois semaines et des records de puissance sur 20-30 minutes lors du Raid Evolénard. Cette préparation a culminé avec une victoire au Championnat de France, validant ainsi l’efficacité de la méthode.

Patrick Flaction, directeur d’Elitment, a quant à lui présenté des résultats impressionnants obtenus grâce à l’entraînement en hypoxie intermittente, avec des skieurs suisses. Il a détaillé un protocole structuré en blocs de trois semaines, comprenant cinq séances de 45 minutes tous les deux jours en altitude simulée. « Au final, la puissance est meilleure de 10%, tout comme la vitesse ». Ce dernier a constaté également une adaptation physiologique, avec une fréquence cardiaque passant de 174 à 159 battements par minute entre la première et la dernière série. « Je retiens également l’excellent rapport entre le temps investi – très court – et les résultats obtenus.

… en passant par l’escrime ou le ski alpinisme

Audrey Chaperon, préparatrice physique chez Elitment, a détaillé un cas pratique d’entraînement en hypoxie avec l’escrimeuse Angeline Favre, classée dans le top 30 mondial. Face au défi spécifique de l’athlète – maintenir précision et explosivité sur la durée des compétitions – la préparatrice physique a mis en place un programme d’hypoxie simulée à 3’500 mètres pendant 2 à 3 semaines. « Nous avons reproduit le schéma fait avec les skieurs, pour améliorer l’économie d’effort et optimiser la récupération, tout en maintenant le travail technique ». Les résultats ont été, là aussi, spectaculaires : amélioration de la prise de décision sous fatigue, fréquence cardiaque plus basse à effort égal, et victoire dans un tournoi international seulement deux semaines après la fin du programme.

William Déglise, responsable de la relève et des élites au Club alpin suisse pour le ski alpinisme, a expliqué l’importance cruciale de l’entraînement en altitude pour les compétiteurs de cette discipline. « Nos compétitions se déroulent de facto en hypoxie, jusqu’à 2’800m et au-delà. On n’a pas le choix, » a-t-il souligné, expliquant le programme intensif mis en place pour préparer les athlètes. Il a détaillé un camp d’entraînement de quatre semaines combinant différentes approches : dormir à Zermatt et s’entraîner sur glacier entre 2’900 et 3’500m, utiliser des tentes hypoxiques avec des séances d’hypoxie simulée, puis alterner entre camps en altitude naturelle et sessions en hypoxie simulée. Ce programme inclut un monitoring complet (sommeil, hydratation, nutrition, masse d’hémoglobine) pour comprendre les réponses individuelles à l’altitude. William Déglise a également mentionné l’importance de sensibiliser les jeunes athlètes à ces questions, avec un camp pilote prévu en 2025 à 2’200m pour permettre aux futurs champions de maîtriser l’altitude comme facteur de performance.

Plus de 450 m2 de salles d’hypoxie en construction à Sion

Le site SpArk, actuellement en construction sur le nouveau Campus du Pôle Santé de Sion, proposera dès fin 2026 plus de 450 m² utilisables en hypoxie, créant une passerelle prometteuse entre sciences, technologies et santé.

Propos recueillis le 1er avril 2025, lors de la conférence SpArk Series

Conférence en collaboration avec Elitment et Next Percent

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